DE 200 M€ À 50 M€ : ABANDONNÉ PAR RATCLIFFE, DÉPLACÉ PAR SES SUPPORTERS – EST-CE LA FIN DE L’OGC NICE ?
Janvier 2026 – Le déclin de l’OGC Nice ressemble moins à une tragédie footballistique qu’à un lent abandon d’entreprise. Autrefois présenté comme la grande expérience française capable de défier l’hégémonie du Paris Saint-Germain, le club de la Riviera occupe désormais la 14e place de Ligue 1, à six points de la zone de relégation, avec un prix demandé qui s’est effondré, passant de 200 millions d’euros à un montant que les initiés qualifient de « considérablement réduit » – et peut-être même à 50 millions d’euros.
Sir Jim Ratcliffe, le milliardaire de la pétrochimie qui avait débarqué à Nice en 2019 avec la promesse de transformer le club en une puissance européenne, est passé à autre chose. Manchester United l’absorbe désormais. Et dans son sillage, Nice se retrouve avec des tribunes vides, des supporters furieux et une équipe qui vient d’établir un record du club avec neuf défaites consécutives.
Voici l’anatomie d’un démantèlement.
LE RÊVE QUI S’EST ÉVAPORÉ
Lorsqu’INEOS a racheté Nice pour 100 millions d’euros en août 2019, les déclarations étaient grandioses. Ratcliffe, supporter de Manchester United depuis son enfance et qui n’avait pas réussi à acquérir Chelsea, allait bâtir une dynastie française. Le club avait terminé troisième deux ans auparavant ; la trajectoire était ascendante. « Nous voulons faire de Nice l’un des meilleurs clubs de France et d’Europe », avait déclaré la direction.
Six ans et demi plus tard, Nice a connu une succession d’entraîneurs, s’est aliéné ses supporters de toujours et est devenu un élément secondaire du vaste portefeuille sportif de Ratcliffe. Les 400 millions d’euros qu’INEOS prétend avoir investis se sont volatilisés dans les frais de fonctionnement, l’entretien du stade et les salaires de recrues peu performantes. La valeur marchande du club s’est effondrée, tout comme son classement en championnat.
Bloomberg a rapporté ce mois-ci que le prix initial demandé par Ratcliffe, « plus de 200 millions d’euros », a été abandonné après le refus des acheteurs potentiels de s’y conformer. Le prix a désormais « considérablement baissé ». Plusieurs sources indiquent que le montant réel en discussion est plus proche de 50 millions d’euros – une perte de 50 millions d’euros sur le papier avant même de prendre en compte sept années de pertes d’exploitation.
« C’est frustrant, mais je comprends pourquoi », a déclaré un cadre du club à The Athletic, sous couvert d’anonymat pour préserver ses relations. « Ils ont connu une année difficile l’an dernier avec Manchester United et leur principal objectif est donc de stabiliser et d’améliorer les performances de United. C’est le club de Jim Ratcliffe.»
Le message est clair : Nice n’est plus la priorité. Il se pourrait même qu’elle ne le soit plus du tout.
LA RÉACTION DES SUPPORTERS
Les clubs de football peuvent survivre à des propriétaires absents. Ils ne peuvent pas survivre au mépris manifeste de leurs propres supporters.
Le 30 novembre, Nice rentrait d’une défaite 3-1 face à Lorient, alors en difficulté. Des centaines de supporters ont pris d’assaut le bus de l’équipe au centre d’entraînement. Deux joueurs ont porté plainte, affirmant avoir été « frappés, roués de coups et victimes de crachats ». Les attaquants Terem Moffi et Jérémie Boga, deux recrues onéreuses, n’ont plus joué pour le club depuis.
Cette nuit-là a été l’explosion de colère accumulée pendant des mois, voire des années. Les Ultras du Populaire Sud, le cœur battant du club, en avaient assez. Le 4 décembre, ils ont entamé un boycott total. L’Allianz Riviera, stade de 36 000 places, n’attirait en moyenne que 22 000 spectateurs. La tribune Sud, d’ordinaire un mur de bruit et de couleurs, est restée silencieuse ou vide.
Le message était clair. Des banderoles proclamaient : « Ratcliffe et INEOS, dehors !» La présidente du club de supporters, Solange Claude, a publiquement qualifié la direction d’« incompétente ».
Il est rare que les supporters parviennent à chasser un propriétaire. Il est encore plus rare qu’ils y parviennent si complètement que le propriétaire… parte tout simplement. Mais Ratcliffe était déjà sur le départ. Les supporters ne se révoltaient pas pour forcer le changement ; ils se révoltaient pour témoigner du déclin du club.
« La principale frustration réside dans la série de résultats catastrophiques de leur équipe », rapportait The Athletic, « mais ils sont également agacés par ce qu’ils perçoivent comme un manque de communication de la part d’INEOS ».
Ce silence fut brisé en mars 2025, lorsque Ratcliffe accorda une interview au Times qui, à Nice, est encore considérée comme une trahison.
« Je n’apprécie pas particulièrement d’aller voir jouer Nice », déclara-t-il. « Il y a de bons joueurs, mais le niveau de jeu n’est pas assez élevé pour m’enthousiasmer. La meilleure saison de Nice, c’est celle-ci, où nous n’avons pas pu intervenir en raison des règles relatives à la propriété de plusieurs clubs. Ils ont été bien meilleurs sans notre ingérence ! »
À l’époque, Nice occupait la quatrième place de Ligue 1 et luttait pour une qualification en Ligue des Champions. Les propos de Ratcliffe ont fait l’effet d’une bombe. Aucun démenti n’a été publié. Aucune explication n’a suivi. Le propriétaire avait publiquement qualifié son propre projet d’ennuyeux.
L’EFFONDREMENT RECORD
En décembre, Nice n’était plus seulement ennuyeux. C’était un désastre historique.
Entre fin octobre et mi-décembre, le club a subi neuf défaites consécutives, un nouveau record dans les 122 ans d’histoire de Nice. Ils ont été éliminés de la Ligue Europa sans le moindre point en six matchs, terminant derniers de la phase de groupes à 36 équipes.
L’entraîneur Franck Haise, nommé avec ambition, a été limogé le 29 décembre. Son mandat a été un échec.

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