De « Vous êtes des merdes » à des sièges vides : l’impensable se produit-il au Vélodrome ?
Pour la première fois depuis des décennies, l’âme du stade le plus passionné du football français risque de se taire. Le lien indéfectible entre l’Olympique de Marseille et ses supporters se fissure.
D’ordinaire, les images sont les mêmes partout où l’Olympique de Marseille se déplace : un mur de bruit, des fumigènes illuminant le ciel de bleu et de blanc, et ce rugissement incomparable qui fait trembler les adversaires. Le Stade Vélodrome est depuis longtemps considéré comme l’une des cathédrales les plus intimidantes du football européen, un lieu où 65 000 voix se transforment en un douzième homme capable de renverser n’importe quel déficit.
Mais quelque chose change sur la côte méditerranéenne. Alors que nous abordons le mois de mars 2026, le fondement inébranlable du club – ses supporters – semble vaciller.
Les chiffres racontent une histoire inquiétante, impensable il y a encore quelques saisons. Pour le prochain match contre Auxerre, près de 10 000 places restent invendues à quelques jours du coup d’envoi. Dans un club où les listes d’attente pour les abonnements s’étendaient autrefois sur des années, où les supporters hypothéquaient leurs salaires pour suivre leur équipe à travers l’Europe, ces sièges rouges vides commencent à ressembler à une métaphore obsédante d’une relation qui s’est détériorée.
« Je sens que cette soirée ne sera pas grandiose », a confié Thierry, abonné de longue date du secteur Commando Ultra 84, côté sud, avant le récent Olympiaco contre Lyon. Cette appréhension contenue reflète l’état d’esprit de tout un public de supporters poussés à bout.
Alors, qu’est-ce qui a conduit les supporters marseillais, réputés pour leur passion, au bord de l’indifférence ?
La tempête parfaite : de la désillusion en Ligue des champions aux cauchemars défensifs
Pour comprendre le malaise actuel, il faut retracer la série de coups durs psychologiques que ce club a encaissés ces derniers mois. La saison 2025-2026 était censée représenter une progression, une base solide pour l’avenir. Au lieu de cela, elle a offert une véritable leçon de désillusion.
Tout a commencé avec la Ligue des Champions, cette compétition qui fait vibrer le cœur de chaque Marseillais. La campagne ne s’est pas terminée en queue de poisson, mais par une élimination brutale à la dernière seconde, digne d’une tragédie grecque. L’humiliation 3-0 à Bruges le 28 janvier n’était pas qu’une simple défaite ; c’était un véritable camouflet. L’image des rêves européens du club s’évaporant dans le froid belge est devenue le symbole d’échecs plus profonds.
Pourtant, les éliminations européennes sont inévitables. Ce qui a véritablement brisé le moral des supporters, c’est la suite.
Le club est devenu la caricature même de la fragilité défensive. Les chiffres sont accablants : depuis le début de 2026, Marseille a encaissé 28 buts en 14 matchs, soit une moyenne de deux par match. L’élimination en Coupe de France face à Toulouse, une équipe que Marseille était censée dominer facilement, a mis en lumière les mêmes failles fatales : une vulnérabilité sur coups de pied arrêtés, une faiblesse en contre-attaque et une défense perméable qui semble s’ouvrir comme la mer Rouge avec une régularité alarmante.
Facundo Medina, le défenseur international argentin, a bien résumé l’exaspération de l’équipe après cette nouvelle débâcle : « Je comprends la frustration des supporters. Franchement, j’en ai marre de répéter “travaillez, travaillez, travaillez…” ». Quand les joueurs se répètent à l’envi, les supporters savent que le message ne passe pas.
L’entraîneur Habib Beye, lui-même une légende du club qui tente de redresser la barre après le départ de Roberto De Zerbi, reconnaît l’ampleur de la crise. « Les buts encaissés, c’est un problème récurrent. En un an jour pour jour, l’OM n’a réussi que neuf clean sheets », a reconnu Beye, ajoutant que cette situation oblige son équipe à « marquer trois buts » pour gagner – un objectif impossible à atteindre régulièrement.
Le chaos institutionnel : Longoria part, les questions persistent
Si le spectacle sur le terrain a été pénible à regarder, les drames en coulisses ont été tout aussi épuisants à suivre pour les supporters. Le récent départ de Pablo Longoria, architecte de la stratégie de recrutement du club, a provoqué une onde de choc à Marseille.
L’Espagnol, qui avait guidé l’OM à travers des difficultés financières et constitué une équipe théoriquement compétitive, a été remplacé par intérim par Alban Juster, l’ancien directeur financier du club. Si le club présente cela comme une mesure organisationnelle temporaire, le moment choisi – annoncé seulement 24 heures avant un match crucial de l’Olympiaco – a exaspéré les supporters qui aspiraient à la stabilité plutôt qu’à un remaniement administratif.
Pour ajouter à la confusion, Shéhérazade Semsar de Boisséson, PDG de McCourt Global, s’est sentie obligée de clarifier publiquement qu’elle n’est « pas la patronne de l’OM » et nie avoir imposé des « directives d’austérité » à la politique de recrutement du club. Lorsque les représentants de la direction doivent publier des démentis à la presse pour préciser qui ne dirige pas le club, cela témoigne d’une organisation à la dérive.
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