Le micro ne ment jamais : la gaffe honteuse de Waldemar Kita révèle un problème profondément enraciné dans le football
Il existe une vieille règle à la télévision en direct que tout homme politique, acteur et – apparemment – président de club de football apprend à ses dépens : si vous portez un micro, partez du principe que le monde entier vous écoute.
Pour Waldemar Kita, le propriétaire et président historique du FC Nantes, cette leçon a été apprise de la manière la plus embarrassante et la plus dommageable qui soit, samedi dernier, lors du match de Ligue 1 contre le Paris Saint-Germain au Stade de la Beaujoire.
Ce qui devait être une rencontre de routine – quoique tendue – contre le mastodonte du championnat s’est transformé en un véritable scandale après que Kita a été surpris à tenir des propos que l’on ne peut qualifier que de racistes, paternalistes et totalement indéfendables.
« Vous vous êtes bien intégré… »
L’incident s’est produit lors d’un échange avec le défenseur du PSG, Marquinhos. Alors que les caméras tournaient et que les micros – toujours allumés – captaient le son, Kita s’est penché et a lancé ce qu’il pensait sans doute être un compliment.
« C’est formidable, vous autres Brésiliens, vous vous êtes bien intégrés en France et, en plus, vous êtes chrétiens. »
Arrêtons-nous là.
À première vue, Kita voulait peut-être simplement féliciter quelqu’un. Mais dans le monde du football – un sport fondé sur le multiculturalisme, la diversité et la libre circulation des talents – les implications sous-jacentes sont grotesques.
Le fait de présenter « vous autres Brésiliens » comme un bloc monolithique, de suggérer que « l’intégration » est une faveur accordée par l’immigrant au pays d’accueil, et l’étrange confusion entre appartenance religieuse et valeur morale convergent vers une mentalité qui semble tout droit sortie d’un manuel colonial plutôt que des instances dirigeantes du football du XXIe siècle.
Il faut reconnaître à Marquinhos le mérite d’avoir paru visiblement mal à l’aise, esquissant un sourire crispé et tentant de se désengager de la conversation. Il n’avait pas besoin de dire un mot ; son langage corporel en disait long sur cet athlète professionnel qui a probablement entendu bien trop souvent ce genre de « compliments » hypocrites.
Le contexte du mépris
Pour ceux qui suivent de près le football français, l’indignation suscitée par la déclaration de Kita est amplifiée par le contexte de son mandat à Nantes.
Kita n’a jamais été un président fuyant la controverse. Il s’est heurté aux supporters, s’est publiquement querellé avec les entraîneurs et a supervisé une période tumultueuse à La Beaujoire, où le club a oscillé entre instabilité et survie. Nombreux sont ceux qui, à Nantes, le perçoivent comme une figure clivante : un homme d’affaires qui gère le club comme un fief plutôt que comme une institution locale.
Mais il ne s’agit pas d’une simple « gaffe » de la part d’un administrateur réputé pour son franc-parler. C’est le reflet d’une vision du monde qui n’a plus sa place dans le football moderne.
L’ironie est sidérante. La Ligue 1 s’est immensément enrichie grâce aux talents brésiliens – de Rai et Leonardo dans les années 1990 à Ronaldinho, Neymar et, bien sûr, Marquinhos aujourd’hui. Ces joueurs n’ont pas eu besoin de « s’intégrer » pour mériter leur place. Leur talent a sublimé le championnat. Leur présence explique le rayonnement mondial de clubs comme le PSG.
Suggérer qu’un joueur brésilien – un défenseur de classe mondiale qui a été capitaine de l’un des plus grands clubs du monde pendant des années – devrait être reconnaissant de son « intégration » témoigne d’un manque de lucidité stupéfiant.
Les conséquences
Dimanche matin, la vidéo est devenue virale sur les réseaux sociaux, suscitant l’indignation des organisations antiracistes et des journalistes. La Ligue de Football Professionnel (LFP) n’a pas encore publié de communiqué, mais compte tenu du climat actuel de discrimination dans le football, la convocation d’une commission de discipline est quasi inévitable.
La question est : quelle sera la sanction ?
On a vu des présidents de club interdits de bord de terrain pour avoir invectivé les arbitres. On a vu des joueurs suspendus pour des infractions mineures. Si la LFP veut prouver son engagement à éradiquer les comportements discriminatoires dans le football, elle doit sévir contre Kita. Une amende ne suffit pas. Une suspension temporaire de ses fonctions de président enverrait le message que ce genre de propos – qu’ils soient tenus sous le coup de la colère, de la plaisanterie ou par ignorance – est incompatible avec une fonction d’autorité dans le football français.
Un cauchemar récurrent
Pour les supporters du FC Nantes, c’est un nouveau coup dur dans une saison déjà difficile. Les Canaris ont une histoire prestigieuse : ils sont le dernier club à avoir battu le PSG en finale de Coupe de France avant que la domination parisienne ne s’installe durablement. Leurs supporters comptent parmi les plus passionnés de France.
Mais aujourd’hui, au lieu de parler tactique ou de la lutte pour le maintien en milieu de tableau, le club fait de nouveau la une des journaux pour de mauvaises raisons. Les agissements de Kita ont placé les joueurs, le staff et les supporters dans une situation inextricable. Ils sont contraints de répondre des propos d’un homme qui, à leur grand désarroi, détient les clés de l’institution.
Contexte plus large
La déclaration de Kita n’est pas un cas isolé. Elle révèle un problème plus profond au sein de la gestion du football : le manque de…

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