« Pas de salaire, pas d’excuses » – Le pari radical d’Auxerre : joueurs et Pélissier acceptent une réduction de salaire par défaite pour garantir le maintien
A.J. Auxerre – 3 avril 2026
À une époque où le football professionnel privilégie souvent les finances au détriment de l’émotion, un club de Ligue 1 vient de franchir un cap.
L’A.J. Auxerre, en position précaire au-dessus de la zone de relégation à sept journées de la fin de la saison 2025/2026, a annoncé une sanction extraordinaire qu’il s’est lui-même imposée. L’entraîneur Christophe Pélissier et l’ensemble de l’effectif ont volontairement accepté une réduction de salaire pour chaque match perdu d’ici la fin de la saison.
Il ne s’agit pas d’une mesure d’austérité imposée par le club, mais d’une promesse prise dans le vestiaire. Et elle s’accompagne d’un engagement clair et public : nous ne serons pas relégués.
« On signe avec notre portefeuille, pas seulement avec nos crampons »
L’annonce, faite via une lettre manuscrite publiée sur les réseaux sociaux officiels du club, a pris les supporters par surprise. Signée par Pélissier et le capitaine Jubal, la lettre disait :
« Nous n’avons pas été à la hauteur. Nous avons perdu des matchs que nous aurions dû faire nuls, et fait nuls des matchs que nous aurions dû gagner. La peur de la relégation est bien réelle. Mais au lieu de demander de la patience, nous demandons des comptes. À compter d’aujourd’hui, pour chaque défaite en Ligue 1 cette saison, aucun d’entre nous – entraîneur ou joueur – ne touchera sa prime de match. De plus, un pourcentage fixe de notre salaire de base pour ce mois sera reversé au centre de formation du club et au fonds pour l’ambiance du stade. »
Selon des sources internes au club, le dispositif fonctionne comme suit :
• Défaite = Réduction de salaire de 20 % pour le mois concerné (en plus des primes de performance non perçues).
• Match nul = Pas de prime, mais les salaires sont maintenus. • Victoire = Salaire standard + prime doublée, dont la moitié est versée à un fonds « expérience supporters » (billets à prix réduit, aides aux déplacements).
Point crucial : l’accord est rétroactif à la 28e journée et court jusqu’à fin juin 2026.
Pélissier : « Je l’ai proposé dans le vestiaire. Personne n’a bronché.»
Interrogé sur les raisons pour lesquelles un entraîneur au palmarès respectable en Ligue 1 accepterait de réduire volontairement son propre salaire, Christophe Pélissier n’a pas hésité.
« Parce que les paroles ne valent rien en avril. Tous les clubs disent “on va se battre”. Mais les supporters paient le prix fort pour les billets, les écharpes et l’espoir. Si on perd, pourquoi devrions-nous être payés intégralement ? Après la défaite contre Montpellier – notre quatrième défaite à domicile – je suis entré dans le vestiaire et j’ai dit : “Si vous me faites confiance, retenez ceci : pas de victoire, pas de salaire complet.” Pas un seul joueur n’est parti. »
Le milieu de terrain vétéran et chouchou des supporters, Gaëtan Perrin, a ajouté :
« Certains d’entre nous ont une famille. D’autres sont prêtés. Mais nous avons tous regardé le classement – 13e place, cinq points au-dessus de la zone de relégation – et nous avons compris que de petits sacrifices aujourd’hui valent mieux que les salaires de Ligue 2 la saison prochaine. Ce n’est pas de la charité. C’est de la logique. Et c’est de l’amour pour le club. »
Un défi direct dans la lutte pour le maintien
Les prochains matchs d’Auxerre comprennent des déplacements chez leurs concurrents directs pour le maintien, Le Havre et Saint-Étienne, ainsi qu’un choc à domicile contre Marseille. Les bookmakers leur donnent toujours 34 % de chances de descendre. Mais à l’Abbé-Deschamps, l’ambiance a changé.
Catherine Delacroix, abonnée depuis 22 ans, nous a confié :
« J’ai vu des promesses. J’ai vu des larmes. Mais je n’ai jamais vu une équipe dire : “Si on perd, on mange moins bien.” Ce n’est pas un slogan. C’est un contrat. »
Le président du club, Baptiste Malherbe, a confirmé que les réductions de salaire sont juridiquement contraignantes grâce à un avenant signé par les 24 joueurs de l’équipe première et le staff technique. Les économies réalisées – estimées à 1,2 million d’euros si Auxerre perdait tous ses matchs restants (très improbable, mais possible) – seront réinvesties dans le recrutement des jeunes pour la saison 2026/2027, quelle que soit la division dans laquelle le club évoluera.
« Même dans le pire des cas, le club en sortira plus fort », a déclaré Malherbe. « Mais Christophe et les joueurs sont convaincus que nous n’en arriverons pas là. »
Ça marchera ? La psychologie avant tout
Des psychologues du sport indépendants du club constatent que l’implication personnelle est souvent plus efficace que les ajustements tactiques. Le Dr Marc Renard, de l’Université de Lyon, commente :
« Quand un joueur sait que son salaire dépend littéralement de la défense d’un avantage de 1-0 à la 85e minute, son langage corporel change. Il trottine moins. Il tacle plus incisif. C’est un véritable coup de pouce, et c’est génial car les supporters peuvent désormais mesurer l’engagement non pas par des publications Instagram, mais par l’absence de réduction de salaire le lendemain matin.»
Le mot de la fin : Le capitaine
Alors que l’entraînement s’achevait sous un ciel froid de Bourgogne, le capitaine Jubal (qui a lui aussi réduit son salaire de 25 % pour montrer l’exemple) a résumé la situation en quelques mots :
« Nous ne sommes pas victimes de cette saison. Nous en sommes les auteurs. Alors nous réécrivons la fin de notre histoire. Pas de relégation. Pas d’excuses. Et si nous perdons ? Nous payons. C’est tout. »
Pour un club qui compte cinq titres de Ligue 1 à son palmarès, mais aucun depuis 1996, il ne s’agit pas seulement de survie. Il s’agit de dignité.
Et pour une fois dans le football moderne, les joueurs joignent le geste à la parole : chaque défaite compte, jusqu’à ce que…

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