Dans les années 1990, Nantes se distinguait par son style de jeu unique, le jeu à la nantaise, caractérisé par son panache et son jeu offensif. À ce style s’ajoutait un fond de compétition solide, le club ligérien remportant un titre de champion et atteignant les demi-finales de la Ligue des Champions.
Aujourd’hui, le club ne se distingue plus par ses performances sur le terrain, mais plutôt par sa gestion. La gestion à la nantaise s’est traduite par une instabilité chronique des entraîneurs et, selon les propres termes de son actuel coach, Vahid Halilhodzic, par « l’improvisation et l’incompétence à tous les niveaux ». Résultat : les huit fois champions de Ligue 1 sont au bord de la relégation en Ligue 2.
Ces propos d’Halilhodzic remontent à 2021, deux ans après son départ de Nantes, qui fut d’ailleurs son dernier poste d’entraîneur avant son retour en mars. À 73 ans, il est devenu le plus vieux manager d’une équipe de Ligue 1. « J’en ai fini avec le football », a-t-il déclaré récemment après un match nul contre Brest. Sans emploi depuis 2022, beaucoup pensaient qu’il l’avait déjà fait avant son retour inattendu.
Halilhodzic avait qualifié le sauvetage de Nantes de la relégation en Ligue 2, une première depuis 2012, de « mission quasi impossible ». Il n’a jamais été véritablement enthousiaste face à cette tâche colossale ni n’a jamais cru aux chances de succès. En réalité, le mal était déjà fait, non pas par Luís Castro, qui a débuté la saison sur le banc de touche à Beaujoire, ni par Ahmed Kantari, son successeur.
Waldemar Kita, qui a racheté le club en 2007, a cherché à rejeter la majeure partie de la responsabilité sur Castro. Arrivé après son excellent travail à Dunkerque (Ligue 2) la saison précédente, l’entraîneur portugais était très prometteur, mais il a été limogé en décembre après seulement deux victoires en quinze matchs. Kita l’a violemment critiqué lors d’une interview explosive la semaine dernière. « C’est un entraîneur de jeunes. Il ne peut pas réussir. J’ai dit qu’il fallait s’en débarrasser après les matchs amicaux », a déclaré Kita, qui a également souligné que Castro pourrait faire reléguer Levante. Pourtant, lorsque Castro a rejoint le club, Nantes était lanterne rouge de la Liga ; une victoire contre l’Espanyol lundi soir pourrait les sortir définitivement de la zone de relégation.
C’est une tentative de diversion. Kita est sous le feu des critiques, et à juste titre. Depuis sa prise de fonction, il a nommé 23 entraîneurs ; seuls deux ont dirigé au moins 50 matchs. Lors de deux des trois dernières saisons, Nantes a connu trois entraîneurs en l’espace d’une seule campagne. Ces 23 entraîneurs sont-ils tous mauvais ou y a-t-il un point commun ? Même dans sa tentative de sauver la face, les manœuvres de communication de Kita ont révélé une multitude de contradictions. Parallèlement, les difficultés de cette saison sont dues à son laxisme, autrement dit, à sa tendance à privilégier les experts du terrain.
Les saisons précédentes, où ils ont frôlé la relégation sans jamais la sauver, sont présentées comme des réussites imputables à son influence. Pourtant, il reconnaît que le football n’est pas son métier, mais un simple passe-temps.
Kita a fait preuve de plus de combativité lors de l’interview que Nantes de toute la saison. Aucune équipe n’a marqué moins de buts cette saison que les Canaris, qui ne comptent que quatre victoires. Aucune n’a été remportée depuis le retour d’Halilhodzic de sa retraite pour sauver le club.
Antoine Kombouaré, qui les avait sauvés de la relégation en 2024, était apparemment le candidat privilégié. Spécialiste du maintien, il a finalement choisi de mener le Paris FC au maintien. Il y est parvenu grâce à une série de sept matchs sans défaite après son arrivée en février. Mais si l’on doit faire appel aux pompiers chaque année, c’est que les problèmes sont profonds et, après avoir sombré année après année, Nantes est désormais au bord du gouffre.
C’est l’un des leurs, Valentin Rongier, qui a porté le coup potentiellement fatal. Rennes abordait le derby de dimanche avec deux objectifs : « Rennes en Europe, Nantes en Ligue 2 », proclamaient les supporters sur une banderole avant le match. Rongier a répondu présent à Nantes et son but dans le temps additionnel, qui a assuré une victoire 2-1 à l’équipe de Franck Haise, représente un pas de géant dans la quête européenne des Rennais. À trois journées de la fin, Nantes accuse cinq points de retard sur Auxerre, qui occupe la place de barragiste. L’équipe d’Halihodzic doit également affronter Marseille et Lens. En raison d’une différence de buts défavorable, Nantes devra remporter l’un de ces deux matchs, ainsi que celui contre Toulouse lors de la dernière journée, tout en espérant qu’Auxerre ne prenne aucun point.
Les chances de Nantes sont minces. C’est la gestion à la nantaise de Kita qui les a menés là. Lorsqu’il a quitté le club en 2021, Halilhodzic avait prédit la catastrophe imminente. « Sportivement parlant, ça ne peut pas continuer comme ça », avait-il déclaré. D’autres entraîneurs nantais récents, notamment Pierre Aristouy et Kombouaré, ont tenu des propos similaires. Ces avertissements sont restés lettre morte. Le club nantais atteindra désormais presque certainement son inévitable destination : la Ligue 2. Et c’est Halilhodzic lui-même, qui ne cesse de tirer la sonnette d’alarme concernant la gestion du club, qui le conduira là-bas. Mais ce navir Ce désastre n’est pas de son fait. Il partira à la fin de la saison en ayant échoué dans sa mission ; Nantes se retrouvera à la traîne.

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