Silence dans les tribunes : l’interdiction de voyager jette une ombre sur les déplacements de l’Olympique de Marseille
Une électricité unique et terrifiante caractérise les soirées footballistiques européennes. C’est un mélange de chants tonitruants, de couleurs contrastées et d’un sentiment d’appartenance tribale inébranlable. Pour l’Olympique de Marseille (OM), un club dont l’identité repose sur un fanatisme passionné, presque spirituel, cette atmosphère n’est pas seulement un atout, c’est un moteur. Pourtant, pour ses supporters en déplacement, ce courant vital a été coupé. Une interdiction de voyager généralisée, imposée par les autorités européennes, a jeté une ombre silencieuse sur les déplacements de l’OM, créant une réalité surréaliste et lourde de conséquences pour le club.
Le Décret d’En Haut
Cette interdiction, une mesure stricte édictée par l’UEFA et renforcée par les autorités locales des villes hôtes, interdit aux supporters de l’OM d’acheter des billets et d’assister aux matchs à l’extérieur des compétitions européennes. Cette décision découle d’un historique d’incidents impliquant une minorité de supporters du club, allant des actes de pyrotechnie et de vandalisme à des affrontements plus graves. La raison est purement sécuritaire : éliminer préventivement le risque de violence et maintenir l’ordre public.
Dans la froideur du bureau d’un bureaucrate, c’est logique. Supprimer l’élément combustible, c’est prévenir l’incendie. Mais le football ne se joue pas dans un bureau ; il se joue sur un terrain, entouré de tribunes censées être l’âme du jeu. L’interdiction, bien qu’efficace sur le plan logistique, ne tient pas compte des dommages collatéraux infligés au club, à sa grande majorité de supporters pacifiques et à l’esprit même de la compétition continentale.
Le bruit du silence : un désavantage tactique
Entrez dans n’importe quel stade européen lors d’un déplacement de l’OM aujourd’hui et vous serez témoin d’un spectacle saisissant. Là où devrait se trouver un quartier animé et bruyant du célèbre Virage Sud marseillais, on trouve souvent une section vide, recouverte de bâches. Le silence est assourdissant.
Cette absence est plus que symbolique ; c’est un désavantage tactique tangible. Les supporters itinérants, souvent surnommés le « 12e homme », apportent bien plus qu’un simple encouragement. Ils sont une arme psychologique, une source d’énergie constante qui peut propulser leur équipe vers l’avant dans les moments de fatigue et de pression. À l’inverse, leur absence enhardit l’équipe locale, transformant le stade en un véritable creuset d’hostilité. Pour les jeunes joueurs ou ceux qui découvrent la pression des phases à élimination directe européennes, courir vers un mur de sièges silencieux, plutôt que vers un chœur de supporters familier, peut être profondément isolant.
« On le sent », a un jour déclaré anonymement un ancien joueur de l’OM. « Dans un match serré, on recherche instinctivement ses supporters. Leur énergie vous porte. Lorsqu’ils ne sont pas là, c’est comme s’il manquait un élément de l’équipe. L’adversaire se sent plus en confiance, et la montagne à gravir semble d’autant plus raide. » Punir les innocents, renforcer la minorité
L’injustice la plus profonde de cette interdiction générale est peut-être sa punition collective. Elle met dans le même panier l’ensemble des supporters de l’OM, réduisant au silence les 99 % restants pour les actions du 1 % restant. Les supporters de toujours qui économisent des mois durant pour suivre leur équipe à travers le continent, les familles qui voyagent pour partager l’expérience, les ultras dont les tifos artistiques et les chants coordonnés sont une forme d’expression culturelle : tous en paient le prix.
Cette approche punitive semble également vouée à l’échec. Elle ne s’attaque pas aux causes profondes du problème, le dissimulant simplement. En exilant les supporters légitimes, elle peut, de manière perverse, renforcer ceux-là mêmes qu’elle cherche à contrôler, certains cherchant des moyens de transport alternatifs et non encadrés, augmentant ainsi potentiellement le risque d’incidents hors du stade.
De plus, elle prive le club d’une source de revenus essentielle provenant de la billetterie et prive les villes hôtes du dynamise économique que représentent les milliers de supporters en déplacement.
Une identité en exil
Pour l’Olympique de Marseille, club marqué par son attachement à sa ville et à ses habitants, cet exil est au cœur de son identité. L’expression « Droit au But » n’est pas seulement une devise, c’est une déclaration d’intention, portée par un soutien indéfectible et vocal. Voir cette voix réduite au silence sur les plus grandes scènes est une blessure qui va au-delà des points et des classements.
Cette interdiction soulève une question fondamentale quant à l’avenir du supporter de football. Allons-nous vers un produit aseptisé, adapté à la télévision, où les seuls sons sont le bruit sourd du ballon et les cris des joueurs ? Ou la véritable valeur du jeu réside-t-elle dans sa passion brute, sans filtre et parfois chaotique ?
L’ombre qui plane sur les déplacements de Marseille est un sombre avertissement. Si la sécurité est primordiale, une solution qui se contente d’effacer le soutien d’un club n’en est pas une. C’est une solution temporaire qui laisse une cicatrice permanente. En attendant qu’une approche plus nuancée soit trouvée, une approche qui cible les fauteurs de troubles sans

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